La ville.
La ville, vie de déprimé, vie de surpopulation, vie de looké, vie de surtension,
vie éxaltée.
La ville, village de mon enfance, paysage de bitume, longue vue sur les constructions et les nouveaux arrivants.
La ville elle m'a prise au dépourvue, j'ai rien demandé, j'avais pas 1 an. Elle m'a serrée fort entre ses mains de fer et d'acier, elle m'a éblouie avec ses yeux de verre, elle m'a mâchée de ses dents ferrailleuses. Elle m'a trimbalée de droite à gauche en suivant les rails de la vie; déraille la ville.
J'ai bien vite compris que la vue d'mon cinquième étage serait l'embarcadère de tous les rivages. En face, un géant de plus de la ville, à gauche, un chemin de terre sinueux pas terminé depuis 10 ans menant à une école d'excités de têtes blondes, à droite, la grande dame des Hauts de Cergy : la gare, et au loin toutes les autres destinations, Paris et son Eiffel, pis ces innombrables lumineuses empreintes artificielles dans la nuit, les villes.
J'ai jamais connu les week-ends chez mamie popote, les après-midis de folie en nature faute de place. Ma nature, elle était grise et jonchée d'inconnus, de vents soufflants entre les allées de fer, le reflet de l'infini bleu dans leurs vitres d'incompris.
Ma nature, elle était fabriquée et parkée entre la préfecture et la grande bibliothèque. Elle était verte et fleurie, grimpante ou aérienne, taillée et bien rangée. Elle était pas manufacturée, elle était citadine.
Pis avec le temps, on grandit, on regarde vers l'avenir, on a envie d'y arriver vite et on se rend compte qu'avec le RER c'est plus rapide qu'avec l'autobus. On se pose et on voit que même si t'es mal sapé, t'es pas stylé, t'es un déchet, bah t'as une place. Où que t'ailles c'est liberté individuelle. Un être humain parmi tant d'autres.
Moi, je l'ai aimée ct'e banlieue comme j'ai pu la haïr souvent. C'est tellement viscéral, ça fait parti de mon code génétique, ma mère m'a porté dans ces cages d'escaliers, j'ai vu le jour dans un bâtiment sali par la pollution qu'on appelle hôpital. Mais ça c'est ma vie, après tout.
Pis t'façon je sais qu'un morceau de mon être est resté là-bas, je retourne le voir de temps en temps pour voir comment y va. Il grandit vite, il s'est épanoui, il se fait pleins de nouveaux potes ... en béton bien sûr.
Depuis que j'suis partie, t'as bien grandit, j'suis fière de toi, mon p'tit bout de
vi[ll]
e.
La ville seul moyen de voyager sans sortir de la zone urbaine.
La ville paradis des curieux, des rêveurs et des chercheurs d'âmes alambiquées.
J'suis pas une fille de la mer, pas une fille du plat pays, ni de la montagne ... J'suis une fille de la ville, droguée des pavés, au rythme des voies express je file sur la vie, de la ville.
J'suis pas né dans le missouri
J'suis pas d'Oklaoma City
J'ai grandi dans le 9-5 à Cergy ...
Cergy, mon petit paradis
Ma sweet banlieue pourrie
Dans le coin, c'est l'Oise qui coule l'ami
Pas le Danube, ni le Mississipi
Ici c'est Cergy
~~
| Garçon, resserre moi une mélodie
Fleur de bitume pas pissenlit |
Photo: Ma porte de Jumanji par
ici
Paroles: Cergy de Anis